Charlie Hebdo, refusons l’obscurantisme !

Presque tous des Charlie

Nous sommes tous des «Charlie», ou pas exactement, car d’une part les vrais sont pratiquement tous tombés sous les balles, et d’autre part le camp de l’obscurantisme, lui, ne proclame pas «Je suis Charlie !». Certains excités se réjouissent même ouvertement de ces assassinats, tandis que d’autres les condamnent, en s’affichant en « Charlie », mais tout en profitant au passage de généraliser, en appelant à la condamnation de toute une communauté, et oui. Mais il est vrai aussi que nous sommes nombreux à nous sentir unis à ce journal, et ce geste de ralliement est dans la réalité le marquage de volontés de participer à un véritable mouvement de rejet de l’obscurantisme, atterrés que nous sommes par le carnage qui vient de décimer l’équipe de rédaction de Charlie Hebdo.

Un courant de pensée ne meurt pas

On peut s’indigner sans partager la ligne éditoriale de Charlie Hebdo, qu’elle soit jugée un peu datée (ils travaillaient à sa rénovation), ou que l’on aime simplement pas ce style. Les croyants de tout poils instruits savent que ce journal aura surtout dénoncé les dérives commises par les hommes au nom des religions. Ces dessinateurs, humoristes et journalistes étaient dans la réalité tous des humanistes, profonds, sincères, libres, des enfants de Cavanna, un homme que nous sommes nombreux à remercier de nous avoir appris à penser, ni plus ni moins. En tirant sur ses camarades, c’est l’humanisme et la liberté d’expression que l’on a tenté d’assassiner.  Cette tentative est vaine, car on ne tue pas un courant de pensée, et on n’était pas un siècle des lumières en pesant sur la gâchette d’une kalachnikov, tout simplement.

Lutter contre les amalgames, absolument

Chaque membre d’une communauté, d’un groupe social, citoyen d’un pays, peut être victime d’amalgame si des fanatiques commentent des méfaits au nom du groupe auquel il appartient. Il sera accusé, et indépendamment du fait qu’il soit un pratiquant ou pas, un militant ou pas. Alors luttons contre les amalgames, car ce ne sont pas des musulmans qui ont assassiné des journalistes dessinateurs, non, ce sont des assassins, des pauvres types manipulés, et pas si malins que ça, pas si professionnels que ça, tout juste bien au point dans leur capacité de semer la mort de sang froid. Mais tout un chacun entend des «Faut tous les liquider, ces arabes !», et là, justement, au café du commerce, il faut pouvoir lutter contre ces raccourcis hideux, ces saloperies sans nom, rampantes et puantes.

Salauds de faux-frères

Je ne parle pas de terroristes, par refus de basculer dans la terreur qu’ils aimeraient semer, je préfère parler d’assassins. Dans la réalité, ce sont des gens manipulés, purs produits d’une société individualiste et inégalitaire ou ils n’ont pas trouvé leur place, ou ils n’ont pas voulu trouver leur place, aussi, car je ne les considère pas comme des victimes. Ils ont suivi quelques gourous faisant la une des journaux, avec cette vaine promesse de passer du stade de petit raté du quartier à celui de Star internationale squattant la une aux côtés de ses nouveaux faux frères. Irons-ils dans leur Paradis promis (pour peu que l’on puisse imaginer que ça existe)? Pauvres types, nous avons tous notre idée là-dessus, et c’est pourquoi j’utilise ici le terme de «faux frères», pour ces salauds qui les ont menés à l’abattoir, en leur faisant miroiter quelques paradis artificiels…

Nous avons besoin de satire

Dans un Etat de droit, un pays de liberté, on peut déposer librement plainte contre la satire, mais la justice violerait une valeur essentielle en condamnant cette satire. Le « rire de tout» est dans la réalité une thérapie, souvent un dernier recours, une échappatoire, un refuge pour dire, encore, et dénoncer le pire. Et y compris dénoncer des maux qui, et notamment par le truchement de groupes de pression, voudraient rester cachés. La satire est donc un signal avertisseur pouvant certes s’amuser gentiment de quelques travers, mais aussi confondre les pires vils salopards, un dessin en disant souvent plus long que bien des écrits. Prévenant aussi ça et là quelques dérives supplémentaires, la satire est nécessaire, incontournable et essentielle, dans un monde qui s’inscrit dans des conformismes orientés, choisis par les plus forts, ceux qui «possèdent». La satire, c’est donc bien souvent la voix des petits, qui dénonce les agissements et travers des plus forts. Vive la satire !!!

Un doit à l’indignation pour tous

A l’heure de manifester, ensemble, je pense que l’on a pas le droit de procéder au moindre tri, car chacun peut s’indigner contre l’obscurantisme. Il ne faut pas un certificat de «bon gauchiste libertaire» pour descendre dans la rue, non, car le symbole attaqué dépasse largement la rédaction de Charlie Hebdo, et il faudrait être bien sot pour ne pas le comprendre. Le siècle des lumières est l’héritage de tout un chacun, et si certains possèdent un réverbère ma fois un peu éteint à notre goût, se plonger dans une marée humaine proclamant la victoire de la lumière sur l’obscurantisme ne peut à mon avis pas leur faire de mal, bien au contraire.

Fric et liberté, l’heure des choix a sonné

On ne doit pas dresser des murs entre et autour de nous, mais travailler à la déconstruction des murs de la haine dressés par les architectes de l’obscurantisme. Alors, que se soit à coup de crayons, mais peut-être aussi maintenant à grand coup de canon, la liberté du monde doit maintenant pouvoir peser de tout son poids face à une cupidité internationale qui aura dicté jusqu’ici une large majorité d’interventions militaires. Le fric aux commandes doit céder sa place à une soif de liberté. Ces sauvages prétendent avoir construit un Etat. Jusqu’où allons-nous les laisser progresser dans la production de l’abject ? Jusqu’où allons-nous les laisser continuer de venir corrompre des milliers de jeunes, et nos propres enfants, pour les transformer en assassins? L’heure de faire des choix a sonné, et même si les réponses sont certes bien délicates, ne pas prendre d’initiative pour y répondre aujourd’hui laissera la porte ouverte à cette montée exponentielle d’un obscurantisme qui lui est le producteur d’évènements en cascade dont nous ne nous relèverons peut-être jamais.

Frédéric Charpié