Forfaits fiscaux : Vite ! Sauvons les riches!

J’entends beaucoup de choses dans cette campagne, et je trouve qu’il manque quelques éléments essentiels dans ce débat. Et si nous nous intéressions un peu plus à qui sont réellement les bénéficiaires d’un forfait fiscal? Si nous prenions ce que existe réellement, loin des fantasmes de nos opposants, prendre ce que l’on a observé jusqu’ici, pour partir de quelque chose de concret nous permettant de mieux imaginer l’avenir?

La peur du camp adverse, dès la première signature

Nos détracteurs n’ont pas attendu pour se mobiliser, et dès l’annonce du lancement de notre initiative fédérale en mars 2011 au congrès annuel de La Gauche, avec l’engagement d’un avocat fiscaliste. Ensuite, immédiatement après l’acceptation du texte par la Chancellerie fédérale, et tout au long de la récolte de signatures, j’ai reçu de nombreux courriels de banquiers et d’avocats spécialisés, pour me demander « des nouvelles de cette récolte de signatures ».  Je ne les comptait même plus, et pour me simplifier les choses, j’avait préparé une réponse polie à leur retourner en copié-collé. « Bonjour, Nous sommes un tout petit parti, mais nos militant-e-s ont du courage, et nous trouverons les alliances utiles à la réussite de cette récolte de signatures. Ensuite, nous mèneront une campagne s’appuyant sur des exemples concrets, et nous l’emporterons dans les urnes ! Je vous remercie pour votre intérêt, et vous souhaite une excellente fin de journée. / Frédéric Charpié – secrétaire national de La Gauche ». Voilà!

La Constitution, défendue par qui ?

Alors, que manque-t-il dans cette campagne? Et bien nous baignons dans les chiffres, et nos adversaires ont habilement joué en nous balançant de grosses énormités, histoire que l’on ne parle plus que de ça et que l’on évite l’essentiel, le fond du problème. Déjà, cette imposition selon la dépense est anticonstitutionnelle, alors comment comprendre que cette dernière n’ait pas été combattue par nos deux chambres, et pas plus par le Conseil fédéral ? Nos élus ne sont-ils pas les garants de notre Constitution? Malheureusement pas, et ici on pourrait s’adresser à cette Constitution, non pas pour lui dire «comment tu vas ?», mais bien «combien tu vaut ?». Mais ou va un pays dont ses principales institutions peuvent à ce point nier leur propre Constitution? Dans l’Hexagone, il existe une cour constitutionnelle, ayant non seulement pour mission de faire respecter la Constitution, mais aussi avec le pouvoir de le faire, et ce n’est pas notre cas, quel dommage… Mais l’on parle déjà de ce problème, c’est vrai, ici j’ai juste voulu appuyer sur le clou, à l’heure ou certains veulent faire primer le droit suisse sur les droits de l’homme, il est effectivement à mon avis intéressant de les voir avoir dans le même temps si peu de scrupules à bafouer leur propre Constitution, non?

Pas des anti riches, contre les profiteurs

On nous taxe souvent d’anti-riches, alors je veux bien qu’il en existe, mais on peut les compter sur les doigts d’une main, et je n’ai jamais entendu ce genre de discours simpliste au sein du comité d’initiative. Au contraire, nous ne pouvons que féliciter certains riches, qui payent leurs impôts normalement, et aussi ceux qui sont restés dans des cantons ayant fait sauter le verrou de leurs privilèges fiscaux. Dire OUI le 30 novembre, c’est donc clairement séparer le bon grain de l’ivraie, ni plus ni moins. Et oui, car en cas de suppression de cette iniquité fiscale, il  y aura ceux qui restent, attachés à la Suisse pour bien des raisons, enracinés et appréciant à sa juste valeur tout ce que leur offre notre pays, contribuant à aider différentes institutions par leur mécénat. Pour les autres, ceux que l’on ne regrettera pas, ils sont volatiles, peu attachés à notre pays, peu partageurs, aussi, et ils laisseront leurs jolies résidences à de nouveaux arrivants. Ces riches volatiles sont si peu attachés à notre pays et à l’endroit ou ils vivent, qu’ils quitterons la Suisse, et dans ce lot, il faut bien se rendre compte aussi que nombreux sont ceux qui n’auront pas à quitter la Suisse, car ils n’y vivent simplement pas, ou alors juste quelques semaines par année, et en se déplaçant souvent avec leur propre personnel.

Ceux qui restent, mais aussi un grand mouvement générateur d’emplois

Pour les emplois perdus, on se demande où nos adversaires sont allés pêcher ce chiffre de 22’000, puis de 22’500 (ça fait sans doute plus sérieux), à quand 22’572? Un peu à l’instar de ce milliard de pertes, tout rond, un chiffre tout aussi pathétique, non? En fait, en cas d’acceptation de notre initiative, ce grand mouvement, entre les bénéficiaires actuels partants et ceux qui les remplaceront, va créer des emplois, car d’une part les nouveaux arrivants seront potentiellement plus enclin à vivre chez nous et employer du personnel, mais en plus nous savons que ceux qui ont les moyens de reprendre de telles résidences font le grand ménage en arrivant, entreprenant des travaux très onéreux pour transformer leurs résidences à leur goût, et ceci va générer du travail à nos artisans. Pour se rassurer aussi sur ce grand mouvement, il faut compter deux choses, soit le fait que si la moitié reste, nous sommes déjà bénéficiaires fiscalement, et le marché du logement de luxe international étant ce qu’il est, on peut compter sur de nouveaux arrivants. Mais ici il est très intéressant aussi de bien voir les réels atouts de la Suisse, car dans le canton de Zurich, qui a aboli ce privilège, une large majorité des partants sont tout de même restés en Suisse, déménageant dans un canton voisin. Alors bien entendu, avec une «solution fédérale», plus de concurrence cantonale, et une partie de ces gens vont certes choisir de quitter notre pays, mais pas tous. Une simple observation lucide nous permet donc ici de comprendre qu’un phénomène clair fait que le résultat déjà positif à Zurich aurait été encore bien meilleur en cas de solution fédérale, car sur le nombre des partants ayant choisi de rester en Suisse, une partie serait simplement restée à Zurich.

Zurich sur Mars, puis grosse tentative du coup d’assommoir

On entend souvent dans la bouche de nos détracteurs que Zurich est actuellement légèrement déficitaire, et ceci est vrai si l’on ne compte que les entrée fiscales des anciens 201 bénéficiaires avec le récent départ d’une grande fortune, mais nos adversaires oublient dans leurs calculs de compter les nouveaux arrivants, et ces derniers font que Zurich a été et est encore bénéficiaire sur toute la ligne. Toutes ces évidences, nos adversaires les connaissent bien, et ne sachant pas quoi faire de ces vérités, ils ont commencé dans un premier temps par tenter de dire que le canton de Zurich était un espace de vie aussi différent des autres cantons que ne l’est le Sahara occidental du pôle nord, puis ils se sont dit que cela ne tiendra pas, alors ils ont choisi la technique de l’assommoir, et d’articuler des chiffres incroyables. « Calomniez ? Calomniez, il en restera toujours quelque chose » disait Goebbels dont le savoir-faire est aujourd’hui encore universellement reconnu, bon. Et bien ici c’est un peu pareil, et il faut malheureusement dire qu’ils ont partiellement réussit leur coup, donc pour redresser la barre de la peur, il est temps de reprendre la main, et de donner nos arguments, les construire, en cessant de perdre trop de temps à répondre aux énormités de nos adversaires.

En conclusion

Je crois que les choses sont claires, soit que l’écrasante majorité des riches ne sont pas des profiteurs, et donc la suppression de cette mesure fiscale inique préserverait cette large majorité d’accusations et de reproches adressés par les citoyens qui eux payent leurs impôts selon leurs capacités contributives, et ce jusqu’au dernier centime. Alors, sauvons les riches, et allons tous glisser une grand OUI dans l’urne le 30 novembre prochain.

Frédéric Charpié – membre du comité d’initiative / La Gauche