Manifestation de soutien aux réfugiés !

 Delémont – Samedi 12 septembre 2015 – 17h00/Place de la Gare

/org. Communautés kurdes et turques du Jura

– Discours de Frédéric Charpié – Co/secrétaire national de La Gauche

Cher-ères ami-es, vu les orateurs de cette manifestation, je vous salue déjà de la part de nombreux camarades solidaires du Jura Sud, et je tiens aussi en préambule à remercier chaleureusement les communautés kurdes et turques du Jura pour l’organisation de cette manifestation.

Aujourd’hui, nous sommes réunis pour dénoncer l’hypocrisie et la malhonnêteté de nombreux politiciens, allant de l’Union Européenne à ceux qui chez nous tiennent des discours truffés de mensonges. Mais nous sommes aussi là pour dire notre espoir. Un espoir justifié en voyant certains gestes de la société civile. Un espoir suscité par ces banderoles d’accueil brandies aux immigrés dans les gares allemandes. Un espoir et une solidarité que nous devons cultiver, aussi entre nous, de la société civile aux politiciens qui sont engagés, ou même en charge de ces questions. Nous ne devons pas baisser les bras face à cette vague brune qui inonde toute l’Europe.

Je reste persuadé que la société civile et les actions politiques locales constituent actuellement l’essentiel de la réponse immédiate à donner à ce nouveau flux migratoire généré par la barbarie et la guerre. Toutes ces actions, comme cette manifestation, et j’espère que nous allons en faire d’autres, vont aussi pousser nos politiques à revoir leur cahier de route. Nous sommes tous co-responsable de pouvoir diffuser des messages pour contrer ces vilaines saloperies que nous distillent la droite nationaliste et xénophobe. Nous devons dire la vérité, éduquer, et aussi nous-même apprendre par le flux de réseaux d’information dignes de ce nom. La menace des pseudo journalistes et des complotistes de tous poils est réelle, car ce venin coule de partout sur les réseaux sociaux, avec une jeunesse qui parfois se met à douter de vérités pourtant criantes.

Accueillir les victimes des sauvages islamistes est un devoir, mais c’est aussi une réelle chance pour notre pays. La Suisse ressemble à l’Allemagne, avec son faible taux de natalité et l’allongement du temps de vie. Nous sommes devant une vague de migrants avec un fort potentiel de dossiers qui seront acceptés. Je pense que les Syriens, mais aussi tous les autres, car personne n’est illégal, doivent pouvoir travailler le plus rapidement possible, car ces nouveaux citoyens vont aussi faire du bien à notre économie et contribuer à financer l’AVS. Tout le contraire donc que de venir squatter l’aide sociale et remplir nos prisons. Les chiffres de taux de prisonniers et de bénéficiaires de l’aide sociale sont souvent mis en avant par les partis xénophobes, qui oublient au passage de dire la proportionnalité de personnes pauvres dans ces deux catégories, et aussi en parallèle la représentativité des étrangers dans les classes les moins bien payés de notre pays. Alors pour lutter contre la délinquance et les coûts de l’aide sociale, il faut plus de justice sociale, ni plus ni moins, tout le reste, c’est du bla-bla.

Alors faisons preuve de dignité, mais faisons aussi preuve d’intelligence. Les premiers immigrés arrivés généreront un socle permettant de mieux faire face à la suite, et plus cette base sera solide et intégrée, moins nous auront à faire à des réflexes sectaires et communautaristes, et aussi à une montée du racisme, fond de commerce de partis xénophobes qui se nourrissent de nos divisions. Et on nous ressort le vieux fantasme de l’enfermement, de la barricade, des murs à monter autour de la Suisse, même si nous savons tous qu’au delà du fait que nous trouvons ça ignoble, c’est totalement inefficace, car l’hêtre humain qui se fait persécuter franchit tous les murs pour sauver sa peau, quitte à devoir vivre dans l’illégalité, et errer dans nos pays riches sans papiers. L’illégalité générant la clandestinité, accueillir, intégrer et permettre de travailler, c’est aussi faire baisser le coût de l’accueil, préserver la paix sociale, lutter contre le racisme, la délinquance et le travail au noir. Faisons-le! Mais faisons-le vite ! Maintenant, pour eux, pour nous, car ils ont tellement aussi à nous donner, et pour nos propres enfants, qui ne nous jugeront pas comme des criminels ayant laissé mourir des familles entières par peur de perdre un peu de notre luxe, alors que dans la réalité ce ne sera pas le cas.

Nous vivons dans un monde qui générera encore énormément de migrations, par les conflits, mais aussi des migrations climatiques, un climat qui n’est pas la raison majeure, mais aussi une raison de cet exode syrien, avec une sécheresse qui poussa de nombreuses personnes à quitter leurs campagnes pour aller en ville, faisant monter aussi les tensions sociales internes. Ici, le climat est donc secondaire, mais dans de nombreux autres endroits, il sera dans le futur la raison principale de nombreuses migrations. Préparer aujourd’hui l’accueil de l’autre, avec ses différences, est donc ni plus ni moins une question de survie pour toute l’humanité.

Nous sommes aujourd’hui face à une nécessité incontournable, celle de changer rapidement notre façon de penser le monde. Le sociologue Ulrich Beck avait lui proposé pour affronter ce changement de paradigme, de parler de «cosmopolisation du monde», et je pense que c’est une réalité à intégrer si nous voulons éviter des montées de nationalismes et de discriminations détruisant la paix sociale. Aujourd’hui, nous devons apprendre, ou que nous nous trouvions sur la planète, à penser notre expérience personnelle, subjective, en considérant les éléments qui la façonnent aussi et venant de très loin, comme les risques globaux du changement climatique, les dangers du nucléaire civil et militaire, et aussi le terrorisme. Il me paraît effectivement indispensable de pouvoir promouvoir cette manière de penser, sans pour autant devenir des obsédés formant un nouveau bloc d’intégristes, mais penser et promouvoir cette nouvelle forme de conscience globale, allant du besoin d’accueillir de notre mieux les personnes mises sur la route par ces phénomènes, aux multiples choix de consommation que nous faisons au quotidien.

Et à toutes celles et ceux qui aujourd’hui veulent dresser des barricades, hurlent à l’envahisseur et stigmatisent les étrangers, et je crois qu’ils se reconnaîtrons, je dirais en conclusion la chose suivante : «qui sème la pollution intensive, le néocolonianisme économique, vent des armes, roule pour les lobbys, les transnationales, et piétine tout au nom de l’argent, récolte des réfugiés, et c’est bien la moindre des choses ! »

Merci pour votre attention…

Frédéric Charpié / Co/Secrétaire national de La Gauche

Seules les phrases prononcées lors du discours sont valables